20 juin 2007
Qui suis-je?
Suis-je comme le petit vent qui passe sans laisser de trace ou suis-je la tempête qui ravage tout à son passage ? Suis-je mes folies ou ma sagesse ? ma douceur ou ma rébellion ? Suis-je ma profession ou ma religion ? Mon âme ou mon corps? Suis-je d’où je viens ou là où je veux aller ?
Suis-je la jeune insouciante, irresponsable qui se fait avoir et fait des bêtises ? ou suis-je la sœur aînée à qui on vient se confier, demander conseil et de l’aide à chaque fois que les petites se mettent dans des pétrins ? Suis-je celle qui est née avec la responsabilité au coup ou la fille mimée sur qui une mère et un père ont veillé pour que rien ne lui manque et continuent à la surprendre par leurs attentions et leur affection ? Suis-je donc la fille de mes parents ou la mère de mes enfants ?
Suis-je celle qui a peur de son ombre ou celle de qui on a peur ? Suis-je celle qui, quand elle parle, tout le monde se tait pour écouter ce qu’elle a à dire ou celle qui a la trouille à chaque prise de parole, qui a peur de rester en blanc et d’oublier tout à coup tous les mots dont elle a besoin pour faire ses phrases ? Suis-je celle qui n’arrête pas de parler jusqu’au point d’ennuyer ses interlocuteurs ou celle qui se retrouve au milieu de discussions si passionnantes sans prononcer un mot ?
Suis-je ce que je veux être ou ne suis-je que ce que je peux être ? Suis-je celle qui se contente de ce qu’elle peut avoir pour ne pas confronter son insatisfaction ou celle qui cherche toujours la perfection sans jamais l’atteindre ? Suis-je vraiment telle que ceux qui croient me connaître me décrivent ou suis-je tout ce qu’ils ne savent pas de moi ? Suis-je ce que je dis ou ce que j’avale sans dire ? Suis-je cette force et cette volonté qui me tiennent debout ou suis-je cet être faible qui a l’impression de s’effondre à tout instant ? Suis-je ce regard qui intimide ou suis-je celle qui fuit les regards par timidité?
Suis-je mes défis, mes efforts pour me dépasser ou mes déceptions ? Suis-je la juxtaposition de tout cela ? Cet être multiple composé et complexe ? et si je ne voulais être rien de tout cela ? un être changeant et flexible ? une créature en évolution perpétuelle ? qui se cherche et ne se trouve pas parce que, à chaque fois, c’est un nouvel soi qui se projette à l’horizon et la fait avancer, mais son chemin vers l’horizon se fait de plus en plus long, elle avance, fait des pas en arrière, s’arrête, puis continue à avancer…
19 juin 2007
Histoire, Act 3
A 7 heures du matin, à la gare, Youssef, notre héros, achète son journal et rentre au quai attendre son train. Il aperçoit la dame d’hier rentrer. Elle ne le voit pas. Le train arrive, il se gare, notre homme s’approche de la porte où elle va monter, elle s’assoit, il se précipite vers le siège d’en face et lui dit avec un ton souriant : « Bonjour, c’est encore moi ».
Un sourire de chérubin s’installe sur son visage, elle lui tend la main, le salue avec chaleur et le temps s’arrête le moment où leurs mains se tiennent.
Elle : Vous prenez le train d’ici tous les jours docteur ?
Lui : En effet, j’habite à Rabat et je travaille à Casa. Appelez-moi Youssef, je ne vous ai pas demandé votre nom hier ?
Elle : Siham, je m’appelle Siham.
Lui : Ravi lalla Siham, vous avez un joli prénom.
Elle : Merci, et vous vous appelez comme mon petit frère.
Lui : Quel honneur.
Le silence se dessine à nouveau, il fait semblant de lire son journal, elle fouille dans son sac à main, de temps à autre, chacun jette un regard discret sur l’autre, une sorte de fixation pour mémoire.
Lui, en souriant : Vous acceptez que je sois un des cas que vous traitez dans votre recherche ?
Elle, en pensant qu’il se moque d’elle : Oui, pourquoi pas. Vous êtes originaire de Rabat ?
Lui : Non, ma famille est d’origine fassie.
Elle, avec les boules : Je vois.
Lui : Et vous ?
Elle : Moi, je suis du Rif.
Elle sent tous les discours sur la fassis remonter à la surface. Il est exactement le profil qu’elle a toujours imaginé : un fassi, bien tiré, médecin,… Toutes ces histoires sur Allal El fassi, sur l’indépendance, sur les richesses, … se déroulent devant elle.
Lui : Ok, je vois.
Elle : Vous voyez quoi ?
Lui : Une façon de parler. Qu’avez-vous ?
Elle : Rien. Nous sommes arrivés.
Lui : Oui, Vous prendrez le même train qu’hier en retour ?
Elle : Oui.
Lui : Je vous attendrai, si cela ne vous dérange pas. Tu pourras m’étudier un peu plus.
Elle : Ok. Bonne journée.
Lui : Bonne journée.
Ils descendent du train. Chacun marche vers la porte, ils ne se voient plus entre la foule.
15 juin 2007
Histoire, Act 2
Après une séance de silence intensif, où chacun se remet à sa lecture tout en jetant des regards sur l'autre, pour la découverte, ou la mémoire.
Elle interrompe le silence : Vous êtes médecin en quoi ?
Lui : je suis dermatologue.
Elle : c’est bien.
Lui : Vous êtes dans quel domaine de la sociologie ?
Elle : En fait, moi, je prépare une thèse sur l’impact de la famille sur les changements de la société.
Lui : Oh, très intéressant. Et, vous êtes sortie avec des conclusions concrètes ?
Elle : Oui et non. En fait, j’ai un certains nombre de postulats et d’hypothèses que j’essaie d’illustrer sur la terrain.
Lui : Comme quoi par exemple ?
Elle : Prenez l’exemple de la maison de famille. Dans le temps, sous le même toit habitaient parents, fils, petits fils et même arrières petits fils. Aujourd’hui, chacun a sa demeure indépendante, et ceci empêche l’intégration de la petite famille dans la grande.
Lui : Oui, vous avez raison, mais ceci a tout de même évité les tensions entre les gens et a permis la concentration sur un modèle indépendant de la petite famille, qui …
Le son du train : Mesdames, Messieurs, arrêt du train dans une minute, gare terminus.
Elle : Ravie Docteur, mon mari m’attend à la gare.
Lui : Tout le plaisir est pour moi. A un de ces jours.
Elle : Au revoir.
Chacun des deux part de son côté vers son destin. Hasard du sort, Ce soir même, ils pensent en même temps à cette rencontre et ont le même sentiment de connaissance inachevée.
13 juin 2007
Le silence
Le silence de la nuit est un beau silence, beau à vivre et à sentir, un silence magique qui fait penser aux mille et une nuit, à Shehrazad et à Sinbad. Le silence du jour est tout autre ! un silence qui effraye et tue. Quand le silence parle au silence c’est la mort qui est à l’écoute. La force de la vie tue la mort et le silence de la nuit tue le bruit du jour. Vivre la nuit est une création sublime des artistes dont l’âme renaît à l’aube pour retracer la lueur et l’ombre, chanter la beauté et le désarroi ou écrire la détresse et la joie. Mais, quand deux âmes d’artistes se rencontrent, elles prennent forme et resplendissent dans un éclat pareil à celui du premier rayon de soleil qui rompt l’horizon pour éclairer le petit jour. Les mouvements du danseur se dessinent à l’image d’un arbre penché qui se redresse, levant ses mains vers le ciel, relevant ses branches chargées de feuillages. L’image et le son sont au rendez-vous, le son parle, l’image reste muette, elle se lève, se met en mouvement et s'en va tout en silence...
12 juin 2007
Histoire, Act 1
Elle est assise sur un banc, lisant un livre sur la sociologie. Les cheveux longs, le visage clair, une belle posture, un teint profond, des lunettes teintées de noir, les mains crispées. De son grand sac à main, elle sort un téléphone et parle d’un air serein, doux mais imposant.
Sur la banquette d’en face, un homme irrité, le visage pale, les yeux branchés sur son journal. Il la regarde avec air attentif. Une impression du déjà vue.
Le son de la dame de la gare annonce l’arrivée imminente du train. La dame se lève, son téléphone toujours collé à l’oreille, notre homme range son journal et se met debout. Le train s’arrête et la porte s’ouvre, la dame monte l’escalier, il la suit s’installent dans le même compartiment.
La dame enlève un moment ses lunettes, et là leurs regards se croisent.
Lui : Vous êtes sociologue ?Elle : Oui, en effet.
Lui : c’est bien.
Elle ; Et vous ?
Lui : Je suis médecin.
Un sourire instantané se dessine sur les deux visages, un dialogue profond et riche se maintient entre les deux personnes évanouies dans le plaisir de l’instant. Le temps n’a plus de valeur, leurs yeux brillaient de transcendance de temps et d’espace. Un silence doux s’empare de l’ambiance, des regards volés de l’un pour l’autre, le train avance.
11 juin 2007
Une réalité qui sature
C’est le silence des arbres
Contre le bruit des armes
Le rêve qui surgit
Contre la réalité si dure
Une réalité qui sature
L’esprit, le cœur et l’âme
A quoi bon le sourire ?
A quoi bon le silence des larmes ?
Si la vie et la bataille sont les mêmes
A quoi bon se lever chaque jour
Si le lever et le coucher sont les mêmes…
Que ceux de tous les jours
N’est-ce pas ici la fin d’un parcours ?
N’est-ce pas ici le compte à rebours ?
Mais qu’en est-il du retour ?
Nul n’arrêterait les aiguilles d’une montre
Nul n’oserait se souvenir
D’un instant tellement loin derrière
Où sont restés les adieux
Des soldats partis pour la guerre
Des réfugiés privés de leur terre
Ces lieux abandonnés...
Ne seraient-ils pas témoins ?
Des années, de rêves et d’espoirs
Partagés…et non partagés
Est-il temps de se concilier…
avec le temps ?
D’évoquer le ciel, la terre et la mer
De reprendre le chemin
Ou juste retourner en arrière
Pour un dernier au revoir.
(écrit le 09/12/2001, modifié et publié le 11/06/2007)
08 juin 2007
ah les vacances!
Une chanson qui me fait penser vacances...
http://youtube.com/watch?v=ZAkkSuL9A_A
06 juin 2007
Et si tu n'existais pas...
Avez-vous déjà pensé un jour à ce que serait la vie sans vous ? votre existence ou non-existence dans ce monde ferait-elle une différence ? pour qui ?
J'ai appris qu'un étudiant africain qui faisait ses études en Europe s'est suicidé. Une nouvelle qui ne quitte pas mon esprit en pensant que peut être quelqu'un dans son entourage aurait pu faire quelque chose. Je pense à toutes ces personnes qui m'ont toujours donné la force de continuer quand je n'en pouvais plus. Je me souviens de quelqu'un qui m'avait dit un jour: "quand tu n'as plus de force intérieure pour continuer, essaies de trouver ta force chez les autres". Puis, un jour une personne qui avait le mal du pays et de la famille est venue me voir me disant: "je ne sais pas comment tu fais mais tu as l'air tellement forte et j'admire ta force". Je pense que ce jour-là j'ai dû donner un peu de force à cette personne.
Je sais que la vie devient des fois tellement difficile à vivre, on sent comme un fardeau qui pèse sur nos épaules et on a juste envie de disparaître, de cesser d'être, de ne plus exister, mais, on oublie que, peut-être, quelque part dans ce monde, il y a quelqu'un pour qui notre existence fairait toute la différence.
Et si tu n'existais pas...
par: Joe Dassin
Et si tu n'existais pas,
Dis-moi pourquoi j'existerais ?
Pour traîner dans un monde sans toi,
Sans espoir et sans regrets.
Et si tu n'existais pas,
J'essaierais d'inventer l'amour,
Comme un peintre qui voit sous ses doigts
Naître les couleurs du jour.
Et qui n'en revient pas.
Et si tu n'existais pas,
Dis-moi pour qui j'existerais ?
Des passantes endormies dans mes bras
Que je n'aimerais jamais.
Et si tu n'existais pas,
Je ne serais qu'un point de plus
Dans ce monde qui vient et qui va,
Je me sentirais perdu,
J'aurais besoin de toi.
Et si tu n'existais pas,
Dis-moi comment j'existerais ?
Je pourrais faire semblant d'être moi,
Mais je ne serais pas vrai.
Et si tu n'existais pas,
Je crois que je l'aurais trouvé,
Le secret de la vie, le pourquoi,
Simplement pour te créer
Et pour te regarder.
http://www.youtube.com/watch?v=NmLOVJCrjAA&mode=related&search=
P.S: j'aime plus la version originale, mais j'ai voulu poster celle-ci.
04 juin 2007
Une société au masculin, conjuguée au féminin
Dans une société au masculin, tout semble être fait par les hommes, pour les hommes et entre hommes…mais, voilà que je trouve une exception à cette règle. Pourquoi est ce que les modes d’emploi sur certains emballages sont-ils rédigés au féminin ? Un truc que j’avais presque oublié jusqu’à ce que, il y a quelques jours, sur un coup de nostalgie, j’achète un truc sur lequel le mode de préparation était rédigé en arabe. Ça fait longtemps…Alors, je commence à lire et… à ma grande surprise, le mode de préparation s’adressait uniquement et exclusivement à nous les femmes. Quelle hon…rreur ! Je jette tout de suite le produit et je ne veux plus rien savoir. Ma nostalgie s’est vite dissipée et je n’avais plus envie de ce goûter que j’allais préparer, alors je me suis dirigée droit vers la télé pour regarder les news from the Middle-East !!!
Il faut dire qu’en langue arabe, contrairement au français, espagnol, italien, allemand, anglais, etc. on distingue bien le féminin du masculin... en conjugaison et surtout à l'impératif! Ce qui fait de l’arabe une langue qui reconnaît bien l’existence de la femme contrairement aux autres langues –européennes- qui l’ignorent complètement...en conjugaison. Peut-être que les femmes en Europe n’avaient-elle pas besoin de conjuguer les verbes correctement ? Ou alors, qu’importe puisque, dans le temps, elles n’allaient même pas à l’école. Et pourtant, je me demande pourquoi est ce qu’en arabe les recettes de cuisine, les modes de préparation et les modes d’emploi de certains appareils électrodomestiques sont-ils souvent rédigés au féminin ? L’homme n’est-il pas censé être lui aussi un utilisateur/consommateur de ces produits ? Je me demande aussi si cela allait être pareil si les langues européennes faisaient cette distinction?
Je trouve un peu bizarre que, dans une société au masculin, les verbes continuent à être conjugués au féminin sans que les affectés n’expriment la moindre plainte de cette discrimination ?
N’est-il pas grand temps pour les hommes de réclamer leur droit d’entrée en cuisine sur laquelle semble-t-il y avoir une affiche invisible qui dit :
« Défense d’entrer. Interdit aux hommes et aux cafards ! »
Je suis contre cette discrimination et j’élève ma voix pour que les hommes puissent avoir le droit de préparer leur propre tasse de café sans avoir à dépendre de la tutelle de leur mère, sœur ou épouse.