29 juillet 2007
Histoire, Chapitre 1
Elle est assise sur un banc, lisant un livre sur la sociologie. Les cheveux longs, le visage clair, une belle posture, un teint profond, des lunettes teintées de noir, les mains crispées. De son grand sac à main, elle sort un téléphone et parle d'un air serein, doux mais imposant.
Sur la banquette d'en face, un homme irrité, le visage pale, les yeux branchés sur son journal. Il la regarde avec air attentif. Une impression du déjà vue.
Le son de la dame de la gare annonce l'arrivée imminente du train. La dame se lève, son téléphone toujours collé à l'oreille, notre homme range son journal et se met debout. Le train s'arrête et la porte s'ouvre, la dame monte l'escalier, il la suit s'installent dans le même compartiment.
La dame enlève un moment ses lunettes, et là leurs regards se croisent.
Lui : Vous êtes sociologue ?Elle : Oui, en effet.
Lui : c'est bien.
Elle ; Et vous ?
Lui : Je suis médecin.
Un sourire instantané se dessine sur les deux visages. Un silence doux s'empare de l'ambiance, des regards volés de l'un pour l'autre, le train avance.
Elle (pensante): qu'est qu'il serait en train de lire dans ce journal qui l'intéresse tant?
Lui (pensant): Elle semble si prise par son livre...mais n'arrête pas de réfléchir tout en lisant
Elle (pensante): Il doit sûrement être d'une classe sociale plutôt aisée, de son accent on dirait bien un fassi ou...rbati...
Lui (pensant): elle a bien l'air d'une chamaliya, mais d'où du nord ? son accent est à peine perceptible qu'on ne saurait dire...
Elle (pensante): c'est ça, cas typique, médecin, famille aisée, journal plutôt francophone...
Lui (pensant): elle a dû perdre son accent, universitaire, livre, lunettes...profil typique de femme cultivée...
Elle (pensante): et pourtant, il a l'air si tourmenté...
Lui (pensant): et pourtant elle a l'air si modeste...
Chacun plongé dans ses pensées, le train continue à s'avancer.
Après une séance de silence intensif, où chacun se remet à sa lecture tout en jetant des regards sur l'autre, pour la découverte, ou la mémoire.
Elle interrompe le silence : Vous êtes médecin en quoi ?
Lui : je suis dermatologue.
Elle : c'est bien.
Lui : Vous êtes dans quel domaine de la sociologie ?
Elle : En fait, moi, je prépare une thèse sur l'impact de la famille sur les changements de la société.
Lui : Oh, très intéressant. Et, vous êtes sortie avec des conclusions concrètes ?
Elle : Oui et non. En fait, j'ai un certain nombre de postulats et d'hypothèses que j'essaie d'illustrer sur la terrain.
Lui : Comme quoi par exemple ?
Elle : Prenez l'exemple de la maison de famille. Dans le temps, sous le même toit habitaient parents, fils, petits fils et même arrières petits fils. Aujourd'hui, chacun a sa demeure indépendante, et ceci empêche l'intégration de la petite famille dans la grande.
Lui : Oui, vous avez raison, mais ceci a tout de même évité les tensions entre les gens et a permis la concentration sur un modèle indépendant de la petite famille, qui ...
Le son du train : Mesdames, Messieurs, arrêt du train dans une minute, gare terminus.
Elle : Ravie Docteur, mon mari m'attend à la gare.
Lui : Tout le plaisir est pour moi. A un de ces jours.
Elle : Au revoir.
Chacun des deux part de son côté vers son destin. Hasard du sort, Ce soir même, ils pensent en même temps à cette rencontre et ont le même sentiment de connaissance inachevée.
A 7 heures du matin, à la gare, Youssef, notre héros, achète son journal et rentre au quai attendre son train. Il aperçoit la dame d'hier rentrer. Elle ne le voit pas. Le train arrive, il se gare, notre homme s'approche de la porte où elle va monter, elle s'assoit, il se précipite vers le siège d'en face et lui dit avec un ton souriant : « Bonjour, c'est encore moi ».
Un sourire de chérubin s'installe sur son visage, elle lui tend la main, le salue avec chaleur et le temps s'arrête le moment où leurs mains se tiennent.
Elle : Vous prenez le train d'ici tous les jours docteur ?
Lui : En effet, j'habite à Rabat et je travaille à Casa. Appelez-moi Youssef, je ne vous ai pas demandé votre nom hier ?
Elle : Siham, je m'appelle Siham.
Lui : Ravi lalla Siham, vous avez un joli prénom.
Elle : Merci, et vous vous appelez comme mon petit frère.
Lui : Quel honneur.
Le silence se dessine à nouveau, il fait semblant de lire son journal, elle fouille dans son sac à main, de temps à autre, chacun jette un regard discret sur l'autre, une sorte de fixation pour mémoire.
Lui, en souriant : Vous acceptez que je sois un des cas que vous traitez dans votre recherche ?
Elle, en pensant qu'il se moque d'elle : Oui, pourquoi pas. Vous êtes originaire de Rabat ?
Lui : Non, ma famille est d'origine fassie.
Elle, avec les boules : Je vois.
Lui : Et vous ?
Elle : Moi, je suis du Rif.
Elle sent tous les discours sur la fassis remonter à la surface. Il est exactement le profil qu'elle a toujours imaginé : un fassi, bien tiré, médecin,... Toutes ces histoires sur Allal El fassi, sur l'indépendance, sur les richesses, ... se déroulent devant elle.
Lui : Ok, je vois.
Elle : Vous voyez quoi ?
Lui : Une façon de parler. Qu'avez-vous ?
Elle : Rien. Nous sommes arrivés.
Lui : Oui, Vous prendrez le même train qu'hier en retour ?
Elle : Oui.
Lui : Je vous attendrai, si cela ne vous dérange pas. Tu pourras m'étudier un peu plus.
Elle : Ok. Bonne journée.
Lui : Bonne journée.
Ils descendent du train. Chacun marche vers la porte, ils ne se voient plus entre la foule.
25 juillet 2007
Histoire, retour sur act 1
Un silence doux s'empare de l'ambiance, des regards volés de l'un pour l'autre, le train avance.
Elle (pensante): qu’est qu’il serait en train de lire dans ce journal qui l’intéresse tant?
Lui (pensant): Elle semble si prise par son livre…mais n’arrête pas de réfléchir tout en lisant
Elle (pensante): Il doit sûrement être d’une classe sociale plutôt aisée, de son accent on dirait bien un fassi ou…rbati…
Lui (pensant): elle a bien l’air d’une chamaliya, mais d’où du nord ? son accent est à peine perceptible qu’on ne saurait dire…
Elle (pensante): c’est ça, cas typique, médecin, famille aisée, journal plutôt francophone…
Lui (pensant): elle a dû perdre son accent, universitaire, livre, lunettes…profil typique de femme cultivée…
Elle (pensante): et pourtant, il a l’air si tourmenté…
Lui (pensant): et pourtant elle a l’air si modeste…
Chacun est plongé dans ses pensées, le train continue à avancer.
20 juillet 2007
Une photo et un stylo gravé de ton nom...N.H
Le 20 août, le soir, 21h, rentrée du parc, rencontre avec N.H…
A un mois de cette date, je poste ce billet. J’avais tout noté et retrouvé mes notes le jour de mon départ, puis des années après. Pourquoi ? pourquoi aurais-je voulu éterniser une journée, en principe normale et courante, avant même de savoir ce qui allait se passer ?
Après cette longue balade et les photos ratées, comme si le destin aurait décidé d’avance de tout effacer et de ne laisser aucune instantanée, il y a eu pourtant cet instant que j’ai mémorisé en fermant les yeux de façon spontanée et involontaire. Pourquoi ? aurais-je su que plus jamais un instant comme celui-là n’allait se répéter ?
Le lendemain de la longue balade, c’était la sortie au bord de la Seine (ou était-ce la Saône ?) puis une longue soirée qui se prolongeat…je ne me souviens pas de quoi nous avions parlé pendant toutes ces heures, mais j’ai bien eu cette impression de quelqu’un qui s’ouvrait à moi, qui tentait de me dire tant de choses en un temps si court !
Ensuite, il y a eu les coups de téléphone qui ont continué à résonner dans ma tête des mois durant, le rendez-vous codé… 12-18…oui et non…à tout à l’heure…puis c’était à demain et…au revoir... à l’année prochaine peut être... ou était-ce à jamais ?
Je me souviens de cette dernière sortie au kiosque sur le point de fermer, la veille de mon départ…tu choisis les cartes postales et j’opte pour la vue de nuit et celle du brouillard. Pourquoi ? tout était-il si flou devant moi ?
De ce court voyage dans le passé, cette rencontre inattendue, je garde des pensées pour toi, des mots non dits, de l’espoir infini et du désespoir. J’ai gardé les deux postales, j’ai gardé mes notes et la musique que tu m’as prêtée et que j'ai gravée. Tu l'écoute encore?
J’ai aussi gardé la photo et le stylo gravé de ton nom...N.H! Sauf que ces deux-là, j’ai promis de te les rendre et je tiens ma promesse.
Je ne t’ai rien laissé, je sais. Pourquoi ? je ne sais pas. Aurais-je pensé te revoir bientôt ? me suis-je trompée ? ai-je rêvé ? n’ai-je pas pu voir que je n’étais qu’un évènement insignifiant dans ta vie, une simple rencontre, une coïncidence ? ai-je tort ou ai-je raison ?
Si seulement tu pouvais répondre à mes mille et une questions…Si seulement tu pouvais me lire…tu sauras que j’ai cherché à savoir que tu vas bien, je sais que tu es toujours là où on s'est rencontré, tu as peut être la chance de retourner au parc, de redescendre le pont ou de remonter la fourvière.
C’était l’un de mes premiers départs, lointains et planifiés, qui m’a amené jusqu’à toi, sans le prévoir, je t’ai rencontré…18 juillet 2007
Vivre la vie ou passer par là?
Il y a eu une époque où je m’arrêtais sur chaque instant de ma vie, je pensais et repensais chaque évènement, grand ou petit, où je revoyais les images de la journée et reprenais les dialogues. Je reconstruisais tout ce qui m’arrivait depuis le début jusqu’à la fin en m’assurant que je n’ai rien omis, aucun détail comme si j’en faisais le récit à quelqu’un sans pour autant jamais tenir un journal intime. Je gravais tout dans ma mémoire. Les années passent et les évènements s’accélèrent. Je n’arrive plus à voir passer ma vie comme dans un film. Je n’ai plus le temps de penser ce qui m’arrive. Peu importe qu’il s’agisse d’évènements heureux ou tristes, de situations agréables ou non, ça arrive, ça passe et c’est fini! le lendemain je n’y pense plus, je passe à autre chose. Et voilà que le temps passe sans être vécu, il court et moi je cours après sans pouvoir savourer ce que je fais ni ce que je vis, sans prendre le temps de vivre ma tristesse quand je suis triste ni d’exprimer ma colère quand je la sens monter en moi, mais aussi sans prendre le temps de vivre la joie et le bonheur beaucoup plus fugitifs que les premiers.
Tout se passe et moi je passe comme si de rien n’était. J’ai fait en sorte que les coups durs de la vie ne puissent m’affecter et voilà que les coups de grâce passent aussi inaperçus !
Je me suis bâtie une forteresse et je m’y suis retranchée, pour me protéger…je m’en suis épargnée bien des malaises c’est vrai, mais je m'en suis perdue des gaietés aussi!
C’est comme si j’aurais rêvé et me suis réveillée sans me souvenir du rêve..
Et si je quittais ma forteresse pour faire un petit tour ? essayer de tout enregistrer à nouveau dans ma tête, les images et les sons, les odeurs et les couleurs, je vais aussi y mettre des mots et, à mon retour, les graver sur les murailles de ma caverne tel que l’homme préhistorique.
13 juillet 2007
Ambassadrices de la honte
Nos chères compatriotes, éparpillée un peu partout dans le monde sont devenue une vitrine du pays, mais qui montre la moitié vide du verre.
Partout où on va, la notoriété de notre chaire est réputée être meilleure. En Espagne, France, Italie, Emirats, Arabie Saoudite, Bahreïn, Israël, Syrie, … Elles hissent le drapeau haut, très haut, sur les épaules. Il y a même des pays, qui les acceptent avec des visas spéciaux : " visa travail " car avec un visa de tourisme, elle ne peuvent exercer le vieux métier.
Les cypers du pays regorgent de jeunes filles parlant toutes les langues et les dialectes du monde. Devant les caméra du web, elles inventent des gestuelles étranges pour paraître belles et charmer les interlocuteurs. Ces derniers, à défaut de mariage, d’envoie d’un contrat de " travail " ou de séjour, envoie de l’argent.
Nous ne pourrons pas sur ce sujet particulier pleurnicher sur le mauvais résultat du gouvernement, ou sur le complot sioniste, .. A moins qu’on considère exportable la chaire du pays et le calculer dans la comptabilité du PIB, il faut bien des solutions.
Au passage, un grand salut à toutes les honnêtes et respectables femmes de mon pays.
11 juillet 2007
Les deux scénarios
Au milieu de tout ce qui se passe autour de nous, des attentats avortés, des explosions quotidiennes en Irak et de toutes les autres nouvelles qui nous arrivent chaque jour, je me suis mise à penser à ce qui arriverait si les troupes américaines quittaient l'Iraq. Loin d'être quelqu'un qui s'intéresse beaucoup aux analyses géopolitiques, mais qui ne peut éviter de s'inquiéter quand même pour l'avenir, je me suis mise à esquisser les doubles scénarios suivants:
Scénario nº 1: Les troupes américaines se retirent de l’Iraq, que va-t-il se passer ?
1.1 L’Iraq se divise en 3 pays : Kurdes, Shiites et Sunnites
1.1.1 Les trois se mettent d’accord et signent des traités bilatéraux de paix ou décident de s’unir en un seul Etat.
1.1.2 Ils ne se mettent pas d’accord et se livrent à des guerres interminables (L’Iran et l’Arabie Saoudite interviennent ? non, c’est pas la peine de compliquer le scénario !)
1.2 Al Qaeda chante victoire, elle vient de vaincre la puissance mondiale nº1
1.2.1 Les islamistes à travers toute la région vont être plus que jamais convaincus que la violence est la solution, ils gagneront en crédibilité, en adeptes: c’est parti pour des années de violence et adieu tout autre projet !
1.2.2 Pas de 2ème option…
Scénario nº2 : les troupes américaines restent en Iraq, jusqu’à quand ?
2.1 Les américains arrivent à rétablir l’ordre en Iraq (est-ce encore possible ?) : arrêt définitif des massacres, reconstruction du pays, unification et paix entre les shiites et les sunnites (ça a l’air d’un rêve)
2.2 La situation catastrophique continue : une autre Palestine ? 40-50-60 ans ? 100 ans d’explosions au quotidien ? 100 ans de processus de paix avortés ? le monde s’y habituera…s’en rappellera quand un avion est dévié par ci, une bombe suicide par là…sommes-nous prêts à vivre dans un monde de moins en moins sûr à cause de… qui ? quoi ? qui sait ? après 100 ans, personne ne s’en souvient. Tout ce qu’on sait c’est que les musulmans sont des terroristes et c’est tout !!!
Quoiqu'il soit vrai que les Hommes puissent faire l'histoire, il me semble que des fois, quand les plans faits par les Hommes tournent mal ou qu'ils soient mal faits dès le départ, les faits s'imposent et l'histoire se fait d'elle même.